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mardi 15 mai 2018

La Complainte du Boutis



         Pitié pour moi ! N'appelez plus d'un air entendu « boutis » la moindre pièce d'étoffe saisie de piqûres en relief ! Bon prince, tant que j'étais ignoré dans un oubli un peu triste parfois on m'a retrouvé roulé dans des écuries –       je  ne me permettais pas ce genre d'humeur ; depuis quelques années, je souffre d'un excès d'intérêt et paradoxalement on me reconnaît mal !
       
  Mon nom provient de l'outil qui servait à pousser la mèche de coton, fine ou plus en bourre suivant la largeur du canal piqué dans le tissu. En provençal on trouve une vrai fleuraison de termes autour de moi : boutiholo voulait dire bulle. Ne suis-je pas plein de motifs floconneux comme des bulles de savon ? Boufigous, c'est boursouflé : mois je préfère dire que je suis dodu. Et on parle aussi de boutis pour qualifier les rameaux cotonneux qui éclosent au printemps... J'ai donc plein de raisons de m'appeler boutis.
         Quand je pense combien je transforme une simple étoffe en merveille, je m'étonne moi-même, et je voudrais bien que l'on me respecte mieux. Quand on me rencontre, il faut d'abord me présenter à la lumière : je suis transparent tout autour de mes motifs en relief.
         En fait j'ai toujours été l'étoffe de l'amour... D'abord pour embellir les jupons de mariées, parfois en soie ( et je jouais la couleur) , le plus souvent en coton (et le blanc fit ma gloire). Il faut du temps et de la patience tranquille pour le broder et je fus pratiqué aussi bien dans la bourgeoisie que chez les femmes plus humbles ( au Musée historique des tissus de Lyon, une pièce de boutis à envers de chanvre est bien le témoin de mon utilisation populaire). J'ai découvert les lits des mariés de vanes somptueuses , les nouveaux-nés de layettes délicates, comme on en voit de nombreux exemples au Musée Arlaten. Ma situation préférée, c'était d'être un petit « pétasson ». Un joli carré, jamais le même, qu'on offrait pour poser le bébé sur les genoux et bien le présenter...au sec ! Là je me trouvais attendrissant.
         En ai-je raconté des histoires et des rêves à travers les motifs qu'inventaient mes fées ou certains ateliers villageois que l'on essaie de répertorier aujourd'hui dans des recherches savantes : les colombes et les cœurs pour les amoureux, la vigne symbole d'immortalité, le soleil de la vie, les corbeilles débordantes, de fleurs et de fruits. Certaines ont même caché dans mes reliefs des clés, rêves du pouvoir de la maîtresse de maison.

         Habiller le quotidien pour le transformer en fête, tel fut mon destin...


                                                                  Auteur : Anonyme

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