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mardi 19 décembre 2017

La tradition provençale de Noël


Le cacho fio

En Provence, la soirée de Noël commençait par l'ancienne coutume païenne du cacho fio. Cet allumage rituel de la bûche de Noël (calendau, en provençal) correspondait à un rite du feu caché et présageait le retour du feu neuf, le feu du premier soleil de la nouvelle année.
La cérémonie avait lieu devant la cheminée avant de se mettre à table pour le gros souper. Le plus jeune et le plus vieux portaient ensemble une bûche d’un arbre fruitier (poirier, cerisier, olivier) qui devait brûler pendant trois jours et trois nuits. Ils devaient faire trois fois le tour de la table recouverte de ses trois nappes. Une triple libation sur la bûche était ensuite pratiquée par le plus jeune de l'assemblée, avec du vin cuit.


La table Calendale

La table du Gros Souper ne doit pas être dressée comme celle d’un repas ordinaire.
Le soir du 24 décembre, on dresse la table en mettant
trois nappes honorant la Sainte-Trinité.
Trois chandelles éclaireront la table qui sera ornée soit de houx ou de fusain à boules rouges ; la coupelle avec le blé de la Sainte-Barbe sera également posée sur la table.
Le couvert sera dressé avec soin et en bout de table, on ajoutera une assiette garnie d’une tranche de pain.
Cette place restera libre ; c’est
la place du pauvre, qui permet d’accueillir un inconnu venu frapper à la porte.
Après le Gros Souper, la famille se rend à la messe de minuit, sans fermer la porte à clef, sans enlever le couvert, car « les anges venaient manger les miettes ».
Il aura fallu dresser la table, couverte de : 3 nappes blanches (le chiffre 3 représente la Trinité), 3 chandeliers blancs, qui seront allumés par les plus âgés, 3 soucoupes de blé germé.

Treize desserts depuis quand ?
Jusque dans les années 1920, il n'existe aucun texte quantifiant les desserts provençaux de Noël. Ils sont simplement, depuis le début du  xxe siècle, désignés couramment comme les calenos et décrits depuis longtemps pour leur abondance et leur douceur.
François Marchetti, curé de paroisse d'un quartier de Marseille, les cite sans en donner le chiffre, en 1683, dans son Explication des usages et coutumes des Marseillais. Il retient les fruits frais ou secs et la pompe à l'huile qui « régalent les gens les deux derniers jours » avant Noël. Mais il s'attarde plus sur l'usage des trois nappes blanches qui recouvrent la table sur laquelle sont disposés treize pains, les douze petits représentant les apôtres et le plus grand le Christ.

Entre 1783 et 1787, Laurent Pierre Bérenger, rédige ses Soirées provençales ou Lettres de M. Bérenger écrites à ses amis pendant ses voyages dans sa patrie. Il consacre un chapitre aux desserts de Noël dont il dresse un inventaire. Il cite les figues, les raisins frais et secs, les pruneaux de Brignoles, les oranges, les pommes, les poires, les cédrats confits, les biscuits, les nougats mais n'indique aucun chiffre.

Au début du xixe siècle, Aubin-Louis Millin de Grandmaison quitte Paris pour entreprendre un Voyage dans les départements du Midi de la France. Il fait publier son ouvrage en 1808 et décrit une fête de Noël qu'il a passée à Marseille. L'inventaire des desserts, toujours non chiffré, est quasiment le même que celui de Bérenger.
Dans les années 1820, le préfet Christophe de Villenauve-Bargemon fait dresser la Statistique du département des Bouches-du-Rhône. Un de ses buts est de répertorier les us et coutumes du département. Pour la première fois, il y est fait nominativement allusion au gros soupé et aux calenos. Ceux-ci sont décrits comme des « desserts plus ou moins splendides selon l'aisance des familles, qui consistent en gâteaux, fruits secs, confitures, biscuits et sucreries, pompes et châtaignes qui ne manquent jamais ».

Influence des félibres

En 1854, réunis à Font-Ségugne, à Châteauneuf-de-Gadagne, les sept félibres avec leur chef de file Frédéric Mistral, se donnent comme mission, non seulement de restaurer et de maintenir la langue provençale, mais de conserver à la Provence son identité culturelle à travers la maintenance de ses fêtes et usages.
Disciple de Mistral, qui ne cite jamais le chiffre treize mais évoque les friandises exquises de la veillée de Noël, l'année même de la fondation du Félibrige, François Mazuy rédige des chroniques sur les coutumes marseillaises. Il convient d'ailleurs qu'à Marseille le rituel des fêtes calendales est resté vivace à travers le gros souper et ses desserts qu'il énumère. Il y a figues sèches, raisins, amandes, noix, poires, oranges, châtaignes, nougat et vin cuit.
Pourtant, les récits donnés par ses successeurs vont être tous empreints de nostalgie sur le thème « les fêtes calendales et ancestrales se meurent ». C'est le cas de Pierre Mazières qui déplore, en 1873, la disparition du gros souper et de ses desserts « cette tradition de nos pères », de Horace Bertin, en 1888, qui explique « Il ne resta plus rien des Noëls d'antan ».
Entre temps, en 1885, un chroniqueur, Edmond de Catelin, dit Stephen d'Arvre, tout en considérant que « le gros souper n'est plus qu'à l'état de légende », avait fait allusion à la table chargée « des plats réglementaires et des douze desserts obligatoires ». Pour la première fois ceux-ci étaient quantifiés.
Au début du xxe siècle, la nostalgie pour les Noëls de jadis demeure à la mode en Provence. Mais des regards neufs restent sidérés par la profusion des desserts de Noël. C'est le cas, en 1903, de Thomas A. Janvier, citoyen américain, qui publieThe Christmas Kalends of Provence. Il y décrit un gros souper auquel il a été invité à Saint-Rémy-de-Provence, et se dit époustouflé de tant de prodigalité pour cet événement où la tradition « exige qu'un minimum de sept desserts soit servi ».

La naissance des treize desserts

La première mention des treize desserts n'apparaît qu'en 1925. Dans un numéro spécial de Noël du journal La Pignato, un écrivain d'Aubagne, le docteur Joseph Fallen, majoral du Félibrige, affirme : « Voici une quantité de friandises, de gourmandises, les treize desserts : il en faut treize, oui treize, pas plus si vous voulez, mais pas un de moins »4.
Dans son énumération, viennent en tête les pachichòis, autre nom des quatre mendiants (figue, amande, noix et raisin sec) qui doivent servir pour faire le nougat du pauvre ou nougat des capucins. Suivent les noisettes, les pistaches, et le raisin muscat. Puis viennent les sorbes, les dattes, les pommes, les poires, les oranges et « le dernier melon un peu ridé ». La liste s'allonge avec les grappes de clairette, les pots de confiture, l'eau de coing, les châtaignes au vin cuit. Puis arrivent les desserts de tradition, la pompe à l'huile d'olive, la fougasse, les oreillettes, les nougats blanc, noir et rouge, les petits biscuits et les sucreries, et même du fromage.
L'année suivante, la romancière Marie Gasquet écrit, dans Une enfance provençale, qu'à Noël « il faut treize desserts, treize assiettes de friandises, douze qui versent les produits du pays, du jardin, la treizième beaucoup plus belle, remplie de dattes ».
Au début des années 1930, le Musée du Terroir Marseillais consacre une salle au repas de Noël ; la tradition commence à s'installer. Elle est bien établie en 1946. Tounin Virolaste, chroniqueur de l'Armana prouvençau, rappelant qu'au Museon Arlaten, Frédéric Mistral n'en avait fait mettre qu'onze sur la table du gros souper, il indique : « Dans le Comtat Venaissin, le peuple veut qu'il y en ait treize, et sûrement dans d'autres endroits aussi.
Va pour treize ! ». La tradition  comtadine avait prévalu.

1 commentaire:

  1. Merci pour ces rappels Michel..J'ignorais que le nombre 13 pour les desserts était si récent !
    C'est la logique des 12 apôtres et de Jésus qui revient ..comme la symbolique des 3 nappes, 3 bougies, 3 assiettes pour la Trinité...

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